Neuronanisme à valeur variable
En 2009, je mettais en vente sur e-bay l’œuvre immatérielle et imaginaire Neuronanisme.
Fort de cette aventure qui m'a donné le goût de la spéculation financière, je renouvelle cette année l'expérience avec :
Neuronanisme à valeur variable
Basé sur le même principe, vous pouvez acquérir 4 variantes de la même œuvre pour 4 prix distincts :
1 euro
10 euros
100 euros
1000 euros
"Œuvre entièrement virtuelle n’existant que grâce à vos élaborations mentales.
Mise en vente sur le site de vente en ligne e-bay, son acquéreur recevra par la poste un certificat d’authenticité signé de la main de l’artiste attestant que l’acquéreur en question est désormais l’heureux et unique propriétaire d'une des quatre variantes de cette œuvre mentale à valeur financière variable."
Attention, ce chef d’œuvre ne restera en vente que jusqu'au 1er mars 2012, ne ratez pas cette occasion en or!!!
Contribution critique sur un ouvrage de Fabrice Flahutez
A lire sur le site Lettrisme XXIe siècle : un court texte critique que j'ai rédigé à propos de l'ouvrage Le lettrisme était une avant-garde, de Fabrice Flahutez, sorti récemment aux Presses du Réel.
Le texte se trouve ici, dans le "parc de la critique".
L'oeuvre chuchotée
2011. Chuchotement à l'oreille. Format et durée indéfinis.
"A partir d'aujourd'hui 30 juin 2011, vous pouvez être le récepteur d'une oeuvre chuchotée.
C'est tout simple :
si on est amené à se rencontrer physiquement, et uniquement si vous en fait la demande, je vous chuchoterai une oeuvre à l'oreille.
Cela peut être une question, une injonction, une affirmation, un mot ou une suite de mots.
Chaque chuchotement sera unique, propre à chaque auditeur, qui en devient immédiatement propriétaire.
Seules vos capacités d'écoute et de mémorisation feront exister l'oeuvre."
Pas à Pas
2011. Installation interactive. Présenté le samedi 7 mai dans le cadre de la VIIe Fête des 0.1, au 108 (Orléans).
"Quasi-déambulation urbaine pour penser à tout et à rien en se faisant les jambes"
Pas à Pas est une installation interactive constituée d’un stepper relié à un film vidéo.
Cette vidéo, qui est une déambulation urbaine filmée en caméra subjective, s’écoule aux rythmes des pas de l’utilisateur : plus celui-ci marche vite sur le stepper, plus la vidéo s’écoule rapidement. A contrario, plus il marche lentement, plus la vidéo se ralentit.
Mais bien qu’il contrôle le rythme, l’utilisateur n’a aucune idée de l’endroit où il se rend, et cela n’a aucune importance puisqu’il ne va nulle part, il marche, c’est tout.
Cette installation est une invitation à la flânerie autant urbaine que mentale, et qui plus est, tout en faisant du sport ! Que demande le peuple !
Projet réalisé en collaboration avec Quentin Heyler et sa maîtrise sans faille du logiciel Pure Data.
Expo à la Galerie du XXIe siècle
Pendant tout le mois de mai, j'expose un travail excoordiste intitulé Plus ou moins l'infini à la Galerie du XXIe siècle, galerie virtuelle en ligne sur le site Lettrisme XXIe siècle.
Sortie de T0TH 03
Sortie du troisième numéro de la revue Toth (56 pages, 14,8 x 21 cm).
Ce numéro est concacré à la poésie et la création sonore lettriste en général. Un CD y est inclus.
5 euros + 3 euros de frais de port.
Pour le recevoir, faire un chèque de 8 euros à l'ordre de Damien Dion et l'envoyer à cette adresse :
Damien Dion, 18 bis, rue des Turcies, 45000 orléans
Ce sont des choses qui arrivent
Poly-aphonie discrète, 2010. Durée de l'oeuvre : 30 min. Captation vidéo : 6 min.
L'oeuvre a été interprétée le 11 décembre 2010 sur la place du Châtelet à orléans, entre 17h et 17h30.
Décès d'Alain Satié
Alain Satié est décédé hier, le 6 février 2011. Cette nouvelle est un choc. Lettriste depuis 1964, son œuvre vaste est à classer parmi les plus grande du lettrisme. Je m'associe à la peine de ses proches et de sa famille.
un nouveau site lettriste
Jean-Pierre Gillard nous propose, en remplacement de son Blog du Lettrisme, le site Lettrisme XXIe siècle, revendiqué comme nouveau site officiel du lettrisme. Peu de contenus pour le moment, ça ne saurait tarder...
Un blog indispensable
Depuis plusieurs semaines déjà, Sylvain Monségu, au sein de son blog Les Cahiers de l'Externité, commente avec pertinence les expressions actuelles du Soulèvement de la jeunesse à travers le monde, se focalisant notamment le mouvement légitime de contestation tunisien. Nous ne pouvons qu'appuyer cette démarche.
Un blog indispensable à suivre d'urgence qui mérite qu'on lui fasse un maximum de pub!
A noter également la récente parution d'un petit essai du même Sylvain, Le Soulèvement de la jeunesse expliqués aux retraités qui gouvernent ce monde, édité par Frédéric Acquaviva et disponible pour 10 euros. Un faible tirage qui mériterait la reconnaissance médiatique et intellectuelle qu'on accorde actuellement à l'Indignez-vous de Stéphane Hessel.

Frédéric Acquaviva (à gauche) et Sylvain Monségu ( à droite), lors d'une conférence de ce dernier à l'Université Paris VIII le 30 novembre 2010.
Interview radio
Dans le cadre de l'exposition lettriste à la Villa Tamaris (23 oct/28 nov 2010), j'ai été interviewé pour l'émission radiophonique "Iconophage" sur Radio Active (une radio toulonnaise)
Pour écouter, cliquez ici !

Quelques invités au vernissage du vendredi 22 octobre devant ma série anti-infinitésimale Le Pouvoir de l'Inimagination (2008)
Vues d'exposition/Villa Tamaris
Quelques photos de l'exposition "Lettrisme, vue d'ensemble sur quelques dépassements précis", à la Villa Tamaris Centre d'art, La Seyne-sur-Mer.

Le salle supertemporelle de l'exposition, avant le vernissage

à gauche, partiellement : Anne-Catherine Caron, Interdit de cracher sur la création, 2006 ; à côté : Micheline Hachette, Traité de rythmes dans l'hypergraphie, 1974 : à droite : Roland Sabatier, (Spectacle) Electrographie, 1963

à gauche : Alain Satié, Infinitésimal contrôlé et relancé, 1975 ; à droite : Isidore Isou, Sculpture ratée (plastique poudriste), 1961-1971

à gauche : Gabriel Pomerand, Sans-titre, 1951 ; à droite : Isidore Isou, Portrait de Maurice Lemaître (série Amos), 1952 et Le baroque polémique, 1961

Jean-Pierre Gillard, Mini démarche en cathédrale, 2010

Broutin, Le Désir paradisiaque (un état moment), 2008

à gauche : Isidore Isou, La Grande Virginie, 1969 ; plus loin sur le même mur : Virginie Caraven, Légendes indiennes et d'ailleurs, 1990-1991

au fond : Woodie Roehmer, Rêve bleu, 1988 ; à droite : Damien Dion, Le Pouvoir de l'inimagination, 2008

à gauche : Roland Sabatier, Le cosmos hypergraphique, au-delà de la galaxie gutemberg, contre le village global, 1990-1991 ; à droite : Anne-catherine Caron, Traité de grammaire excoordiste, 2006

François Poyet, Polystyles, 1971-1973

à gauche : Alain Satié, Portrait de Jean-Paul Belmondo, 1967 ; à droite : Broutin, Les habitants de N.Y..., 1982 ; Isidore Isou, Les Nombres, 1952

Roland Sabatier, Pensiez-vous (vraiment) voir un film ?, 1973
Détail d'une toile travaillée par les invités du vernissage (salle supertemporelle)
Du lettrisme à la villa Tamaris
Exposition "Lettrisme, vue d'ensemble sur quelques dépassements précis" du 23 octobre au 28 novembre 2010 à la Villa Tamaris-Centre d'art, La Seyne-sur-Mer (près de Toulon).
Commissariat général : Roland Sabatier ; commissariat délégué : Robert Bonaccorsi
Artistes exposés : Isidore Isou, Gabriel Pomerand, Roland Sabatier, Micheline Hachette, Alain Satié, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Broutin, Woodie Roehmer, Anne-Catherine Caron, Virginie Caraven et Damien Dion.
Extrait du communiqué :
"la Villa Tamaris Centre d’Art présente une exposition qui, sans toutefois viser à la rétrospective, rassemble un choix représentatif d’œuvres conçues par différents artistes du groupe lettriste depuis 1945, date de la création par Isidore Isou (1925-2007) de ce mouvement culturel.
Le titre de la manifestation reprend l’expression de Roland Sabatier, le commissaire, lui-même présent dans l’exposition, qui retrace l’histoire de cette école dans les arts visuels comme une somme d’apports successifs s’approfondissant sans cesse et dépassant chaque fois les précédents par des apports inédits.
Constituée à l’origine autour d’une nouvelle poésie et d’une nouvelle musique, cette école élargira rapidement le champ de ses investigations pour dévoiler tour à tour d’inédites analyses et propositions en rapport avec les secteurs du Savoir les plus variés comme les arts plastiques, le roman, le théâtre, la photographie, le cinéma, l’économie politique, la linguistique, etc." 
Un blog sur le cinéma lettriste
La galerie du tsiou est heureuse de voir que des blogs sur le lettrisme apparaissent, ainsi voici le blog "Hypergraphie-le cinéma des lettristes", blog consacré au cinéma lettriste avec textes et vidéos d'Isou, Lemaître, Wolman, Sabatier, Caron etc, et de nombreux liens.
Qui en est l'auteur ? Nous l'ignorons, mais nous saluons cette initiative.
Sortie de TOTH n°2
Le numéro 2 de TOTH, spécial excoordisme, est enfin sorti.
Il coûte 4 euros et fait 42 pages.
Pour le commander, il suffit d'envoyer un chèque de 5,50 euros (frais de port oblige) à l'ordre de "Damien Dion" à l'adresse suivante :
Damien Dion
18 bis, rue des Turcies
45000 Orléans
Pour tout renseignement : revuetoth@yahoo.fr
Neuronanisme
2009, oeuvre immatérielle et imaginaire
oeuvre totalement virtuelle en vente aux enchères sur ebay, du 15 au 25 décembre 2009.
Prix de départ : 0,50 euros. Qui dit mieux ?
http://cgi.ebay.fr/Neuronanisme_W0QQitemZ280439131281QQcmdZViewItemQQptZFR_YO_Art_Autres?hash=item414b798c91
Exposition "L'ANTI-CINEMA LETTRISTE (1952-2009)"
Pour la troisième année consécutive, la Villa Cernigliaro (Sordevolo, Italie) accueille le Lettrisme.
Il s'y déroule en effet, du 24 octobre au 29 novembre 2009 une exposition consacrée à l'anti-cinéma lettriste, avec notamment des oeuvres de Isidore Isou, Roland Sabatier, Anne-Catherine Caron, François Poyet, Jean-Pierre Gillard, Micheline Hachette, Alain Satié et moi-même...
Photodafé (film pyrothanasé), 2009, cendres, fragments de photographies et de pellicules dans cendrier
Coming Soon
2009, film infinitésimal, affiche 60 x 80 cm

Deux nouveaux blogs
Deux nouveaux blogs sur le Lettrisme :
"RIPOSTE LETTRISTE" et "LETTRISME : COMMENTAIRES D'OEUVRES", tous deux en lien ci-à droite.
Le lettrisme hier, aujourd'hui et demain
Qu'est-ce que le Lettrisme ?
Cette question a souvent été posée et de nombreuses réponses furent données depuis plus de soixante ans. Souvent critiqué, il a fait l'objet de nombreuses confusions (volontaires ou non), quand ce n'est pas tout simplement du désintérêt, passant sous silence un pan entier de l'histoire de l'art de la seconde moitié du XXe siècle.
Pour lutter contre l'ignorance et le négationnisme culturel, il semble intéressant de mettre en lumière un mouvement resté mystérieux (malgré les efforts de propagation tentés par ses membres depuis 1946) qui a suscité de nombreuses légendes, souvent source d'amalgames douteux et d'a priori non-fondés.
RAPPEL HISTORIQUE
Nous sommes en 1945. Un jeune roumain, à peine âgé de vingt ans, arrive à Paris après avoir traversé l'Europe en guerre. Son nom ? Isidore Isou. Son but ? Exhausser le vœu d'André Breton qui souhaite voir apparaître un mouvement plus émancipateur capable de dépasser le Surréalisme. Sa solution ? Une nouvelle avant-garde artistique appelée « Lettrisme », proposant une nouvelle poésie basée non-plus sur le mot —détruit depuis Breton et Tzara— mais sur la lettre, élément quintessentiel et principe fondamental d'une inédite école poétique. Préoccupée de la seule articulation phonétique, détachée de toute signification, cette exploration sonore de la lettre en fait aussi la base d'une nouvelle musique, après l'épuisement et la banalisation de l'organisation des notes chez Satie, Russolo ou Schœnberg.
Cette découverte de la lettre comme nouvelle particule poétique est issue du constat suivant : toutes les formes esthétiques passent par deux phases irréversibles. La première, constructive, marque l'enrichissement de la forme par des perfectionnements stylistiques et une multiplication de thèmes extrinsèques (évolution de la poésie de Homère à Victor Hugo). Cette phase s'appelle "amplique". S'ensuit une phase où, après l'épuisement des sujets, la forme se replie sur elle-même, explorant ses propres fondements, jusqu'à son anéantissement (la poésie de Baudelaire à Tristan Tzara), il s'agit de la phase "ciselante".
La théorie est posée. Seulement, un mouvement ne se construit pas seul. Dès 1945, Isou fait la connaissance de celui qui deviendra son premier compagnon de route, Gabriel Pomerand. Ce dernier adhéra d'emblée aux conceptions isouiennes et commencera avec lui les premières actions du mouvement. Ainsi, 1946 voit apparaître les premiers récitals lettristes dans les cabarets de Saint-Germain-des-Près, dont le mythique "Tabou".
Il ne manque plus au Lettrisme que l'occasion de sortir de l'anonymat et d'annoncer officiellement sa naissance. Cette occasion, c'est Tristan Tzara qui la leur donnera à ses dépens. En effet, la même année, les lettristes interrompent une représentation de La Fuite, une pièce de l'auteur dadaïste, au Théâtre du Vieux Colombier. Ils montent sur scène pour lire leur manifeste et réciter des poèmes à lettres. Qu'importe que que ce scandale provoque colère ou hilarité, le Lettrisme est lancé, les journaux en parlent.
Toujours en 1946, le premier et unique numéro de la revue La Dictature Lettriste voit le jour. Cette bouffée d'air frais dans le paysage culturel parisien, coincé entre une Poésie de la Résistance sans intérêt et un Surréalisme vieillissant, attire et séduit de nombreuses personnes, jeunes pour la plupart.
Ainsi, entre 1947 et 1950, arrivent les premières personnalité marquante du Lettrisme "historique" : François Dufrêne, Gil J Wolman, Jean-Louis Brau, Marc'O ou encore Maurice Lemaître. Commence alors une véritable effervescence créative qui se traduit par une multitude de publications, de débats, de récitals, d'expositions et de scandales. Isou publie en 1947 deux ouvrages chez Gallimard : Introduction à une Nouvelle Poésie et une Nouvelle Musique et Agrégation d'un Nom et d'un Messie.
1950 marque une nouvelle étape avec la sortie de Les Journaux des Dieux précédé de Essai sur la définition, l'évolution et le bouleversement total de la prose et du roman qui annoncent la naissance de l'Hypergraphie, où roman et peinture fusionne dans l'exploration de l'intégralité des signes de la communication visuelle. C'est la même année que Lemaître édite la mythique revue Ur qui mêle œuvres, débats et manifestes.
En 1951, Isou amorce la phase ciselante du cinéma avec Traité de bave et d'éternité, premier film "discrépant", c'est-à-dire basé sur une disjonction totale entre son et image. Ce film est projeté à Cannes pendant le festival et y fait scandale. Dans la salle de projection, un jeune lycéen, Guy Debord, est immédiatement séduit par les idées lettristes et monte à Paris pour rejoindre le mouvement.
Marc'O, producteur du film d'Isou, édite en 1952 l'unique numéro de la revue Ion, entièrement consacré au cinéma. On peut y lire, notamment, le synopsis de la première version de Hurlements en Faveur de Sade, de Debord.
Ce flot d'énergie et de passions devait fatalement aboutir à un "clash". En 1952, un groupe de jeune lettristes (Berna, Wolman, Brau et Debord) interrompent une conférence de Charlie Chaplin en distribuant des tracts d'insultes à l'encontre du comédien. Cette action, qu'Isou, Pomerand et Lemaître refusèrent de cautionner, sert de prétexte aux quatre trouble-fête pour rompre avec le Lettrisme et revendiquer une mouvance dissidente : l'Internationale Lettriste (I.L), qui deviendra en 1957 l'Internationale Situationniste.
L'année 1952 marque la fin d'une époque.
SCISSIONS ET RENOUVEAU
Certains ne voient dans le Lettrisme qu'un prélude, une préhistoire au Situationnisme, et qui n'aurait d'intérêt que par rapport à ce dernier. D'autres vont jusqu'à faire l'amalgame entre ces courants, pourtant bien distincts. La faute revient en partie à Wolman et Debord qui gardèrent volontairement le terme "Lettriste" auquel ils ne firent qu'ajouter cette notion marxisante d'Internationale, se considérant comme la "gauche du Lettrisme" face au mouvement isouien jugé réactionnaire. Cependant, une brève analyse suffit à ne voir dans les pratiques et les conceptions de l'I.L qu'un ensemble de succédanés du Dadaïsme berlinois (usage du "détournement" —c'est-à-dire du collage— à des fins subversifs et politiques, à l'instar de Baader, Hausmann, Grosz ou Heartfield), du Surréalisme (les "dérives psychogéographiques" de l'I.L rappelant de manière troublante les promenades surréalistes au hasard des rues), ainsi qu'un Marxisme révolutionnaire maladroitement mélangé aux théories d'Isou sur le Soulèvement de la Jeunesse.
La fondation de l'Internationale Lettriste n'est que le point de départ d'une succession de dissidences, toutes éphémères, qui jalonnèrent les années 1950 (Externisme, Englobant, Ultralettrisme, Signisme, Deuxième puis Troisième Internationale Lettriste...), qui affaiblirent le mouvement originel, dont il ne reste pour ainsi dire qu'Isou et Lemaître (Pomerand ayant lui aussi pris ses distances avec le Lettrisme, sans jamais de réelle rupture).
Cette traversée du désert de la vie sociale du groupe n'a cependant pas d'incidence sur ses développements théoriques. Effectivement, dès 1953, Isou sort son premier tome de Fondements pour la transformation intégrale du théâtre, chez Bordas, qui pose les jalons des phases ciselantes du théâtre, de la danse et du mime, avant de publier en 1956, Introduction à l'Esthétique Imaginaire qui introduit un nouvel art basé sur l'exploration des formes intangibles, imaginaires ou inconcevables. Cet art, nommé Art infinitésimal ou Art imaginaire, marque un véritable bouleversement esthétique qui anticipe d'une dizaine d'années l'Art conceptuel.
En 1959, pendant que Lemaître monte ses premiers spectacles mimiques et chorégraphiques ciselants, Isou invente l'Aphonisme, nouvelle forme poético-musicale fondée sur le silence, exprimé aux moyens de gestes ou d'images.
Malgré tout, on compte assez peu d'œuvres lettriste de cette époque, et l'Hypergraphie tout comme l'Art infinitésimal restent peu exploités.
Le Lettrisme retrouve une vraie dynamique de groupe avec l'arrivée, à l'orée des années 1960 et 1970, d'une nouvelle génération de membres, à commencer par Jacques Spacagna, suivi de Roberto Altmann, Roland Sabatier, Micheline Hachette, Alain Satié, Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Gérard-Philippe Broutin, Jean-Paul Curtay, Woodie Roehmer, Anne-Catherine Caron et beaucoup d'autres. Ils apportent un nouveau souffle au mouvement avec de multiples publications (ouvrages, tracts, revues...) et expositions au sein de galeries, salons et biennales à échelle aussi bien nationale qu'internationale.
Ces nouveaux lettristes se lancent à corps perdu dans la pratiques des arts révélés par Isou depuis 1946. Les formes hypergraphiques et infinitésimales sont désormais amplement approfondies, soutenues par la Méca-esthétique (théorisée par Isou en 1952), qui explore la totalité des outils, instruments et supports potentiellement utilisables en art (cela va de la classique toile sur châssis à l'usage d'animaux, de végétaux, d'objets industriels, d'êtres humains, ou de données immatérielles comme l'imaginaire ou la pensée). De plus, Isou propose en 1960 le cadre supertemporel, qui marque l'inclusion du public dans le processus créatif d'une œuvre perpétuellement en devenir, anticipant et dépassant le concept d'interactivité, qui n'est qu'un procédé d'inter-participation ludique autour d'une œuvre déjà achevée en soi.
Comme dépassement de l'Art infinitésimal, le créateur du Lettrisme invente, en 1992, l'Excoordisme, qui intègre toutes les extensions et les coordinations de particules esthétiques concrètes (figuratives, abstraites et hypergraphiques), imaginaires (formes infinitésimales) et inimaginables. Ce nouvel art, complexe et hermétique, propose d'explorer d'hypothétiques univers formels encore inconnus, que l'on pourrait rapprocher, par analogie, des recherches spéculatives de la physique quantique.
CULTURE ET CREATIQUE
Ce renouveau social va de pair avec une nouvelle conception de la culture. En effet, cette volonté d'innover dans tous les domaines (à commencer, comme nous l'avons vu, par les arts) est porté par le concept de création multiplicatrice, considérée comme le moteur de toutes les disciplines du savoir, et seule capable d'expliquer l'évolution de la connaissance humaine, ses progrès et ses approfondissements successifs. Le principe de découverte et d'invention perpétuelle devient le moyen d'atteindre un idéal de joie réelle et durable, une société « paradisiaque ». Pour ce faire, Isou achève en 1976, La Créatique ou la Novatique, recueil de plus de mille pages, sorte de « guide du novateur », révélant, chapitre après chapitre, une méthode inédite de dévoilement permanent.
Ce système se base sur la Kladologie (du grec Klados, branche), ou Science des branches du savoir culturel et vital, qui définit précisément chacune de ses disciplines, classées en cinq grands domaines distincts : l'Art, qui réunit l'ensemble des disciplines préoccupées de l'organisation émouvante d'éléments formels (l'objet représenté en peinture, le mot en littérature, la note en musique, le geste non-conceptuel en danse...) ; la Science, ou l'ensemble des disciplines préoccupées d'exactitude, basée sur une connaissance objective de la réalité ; la Philosophie, préoccupée de la réflexion générale sur l'univers et sur l'être ; la Théologie, qui regroupe l'ensemble des disciplines préoccupées du surnaturel (sorcellerie, parapsychologie...) et des forces sacrées (religions, sectes, mysticisme...) ; et enfin la Technique, champ d'application à la vie quotidienne des quatre domaines fondamentaux déjà cités.
Chaque domaine est lui-même subdivisé en plusieurs secteurs constituant la toméïque (du grec Tomeus, section). Ainsi, toute discipline possède un secteur mécanique (ensemble des moyens, outils et supports d'investigation et de réalisation, comme les pinceaux et les toiles en art, les microscopes et les ordinateurs en science etc.) ; un secteur élémentique, composé des éléments primordiaux de chaque domaine (particules élémentaires en physique, mots, signes et lettres en littérature, nombres en mathématique...) ; un secteur rythmique, regroupant toutes les possibilités de combinaison ou d'agencement de ces éléments (opérations mathématiques, compositions picturales ou musicales) ; et un secteur thématique, regroupant l'ensemble des finalités de chaque territoire culturel (les sujets et les anecdotes en art, par exemple).
Cette conception inédite de la culture propose une approche plus essentielle et efficace de l'ensemble du Savoir, permettant de faire gagner du temps dans le processus d'inventions et de découvertes de chaque discipline.
AUJOURD'HUI ET DEMAIN
Cette rigueur et cette cohérence théorique et pratique explique l'étonnante longévité du mouvement, encore en activité aujourd'hui. Cela n'a pourtant pas été facile. En effet, à la fin des années 1980, Maurice Lemaître, personnalité emblématique du Lettrisme, s'éloigne du groupe, aboutissement d'une trop longue suite de désaccords et de conflits entre Isou et lui. Cela ne l'empêchera pas pour autant de continuer son œuvre, en accord avec les principes fondamentaux du mouvement. De plus, affaibli par la maladie, Isou cesse peu à peu toute activité à partir du milieu des années 1990. Le reste du groupe, dont il ne reste que Sabatier, Satié, Gillard, Poyet, Broutin, Caron et Caraven, continue malgré tout ses activités, explorant notamment les voies de l'Excoordisme à travers plusieurs expositions.
Malheureusement, les divers événements faisant l'actualité du mouvement restent confidentiels, et le Lettrisme semble d'ores et déjà oublié, ou du moins rabaisser au rang de simple anecdote dans l'histoire du Situationnisme, redécouvert après le suicide de Guy Debord en 1994.
Il faudra attendre le début des années 2000 pour que les choses évoluent quelque peu.
En effet, 2000 marque la dernière apparition publique d'Isidore Isou lors d'une conférence de ce dernier à la Sorbonne. De plus, divers expositions ont notamment lieu en Italie, en partie grâce à Gérard-Philippe Broutin (et son "Atelier Lettrista"), et Anne-Catherine Caron. Le collectionneur Francesco Conz acquière plusieurs œuvres et monte des expositions lettristes à Vérone et le compositeur Frédéric Acquaviva orchestre plusieurs symphonies d'Isou et crée une collection autour du Lettrisme au sein des éditions Derrière La Salle de Bain.
Par ailleurs, internet permet la création de plusieurs blogs, à commencer par Le Blog du Lettrisme, animé par Jim Palette, Les Enfants de la Créatique, d'Anne-Catherine Caron, ou encore Les Cahiers de l'Externité, dirigé par Sylvain Monségu, déjà fondateur de la maison d'éditions du même nom qui réédita divers textes d'Isou, Pomerand et Lemaître. De son côté, l'historien de l'art Eric Monsinjon fonde le site officiel du Lettrisme, véritable introduction aux conceptions et à l'histoire du mouvement, enrichie de biographies et d'œuvres fondamentales ou inédites.
Ces initiatives sont le signe d'un regain d'intérêt qui s'amplifie en 2007, suite au tragique décès d'Isidore Isou.
On peut cependant se demander si, après le mort de ce dernier, il existe encore véritablement un groupe lettriste. En effet, en dehors des quelques événements déjà cités, il semble manquer, aujourd'hui, une vraie dynamique collective. Chacun y va de son exposition ou de sa publication, mais l'absence de réunions de groupe ou de revues fédératrices laissent perplexe.
Certains voient dans le Lettrisme aujourd'hui ce qu'était le Surréalisme à la mort de Breton, c'est-à-dire un mouvement dépassé, avec son avenir derrière lui.
Oui, il est nécessaire qu'il soit revalorisé historiquement, mais ce ne doit pas être au détriment de son actualité. De nombreuses choses restent à explorer, à commencer par l'Excoordisme, incarnation de la forme la plus élevée de l'Art d'aujourd'hui. Par ailleurs, sur un plan socio-politique, les conceptions isouiennes de l'Economie Nucléaire semble plus que jamais d'actualité.
À l'heure du consensus mou et d'une politique rétrograde, mêlé à une culture nivelée par le bas, ne serait-ce pas un devoir pour tout lettriste (et pro-lettriste) d'agir concrètement ?
Aujourd'hui plus que jamais, les lettristes doivent prouver, comme ils le laissent entendre, qu'ils sont actifs sur tous les plans de la culture, à l'Avant-garde de l'Avant-garde, et pour longtemps encore.
Espérons-le.
Damien Dion,
novembre 2008
texte publié au sein de la revue TOTH n°1, décembre 2008













