Après la destruction progressive du mot et de ses agencements dans les poèmes de Mallarmé, Tzara, et Breton, la poésie lettriste propose, dès 1945, comme nouvelle particule, la lettre (le phonème), systématisant et théorisant ainsi une poésie à écouter, au delà des essais chaotiques et anecdotiques des poèmes phonétiques dada.

Ainsi, toutes les lettres de l'alphabet, additionnées à diverses expressions sonores (sifflements, claquements de langue, grognements, éternuements, crachats etc.), créent de nouvelles richesses poétiques.

À partir de 1959, dans une optique de dépassement de ses propres valeurs, Isou crée l'Aphonisme, qui réduit toutes les expressions poétiques sonores littéralement au silence : la poésie aphoniste se caractérise par des ouvertures et des fermetures silencieuses de bouche, qui peuvent être mêlées à des gestes tout aussi silencieux.

C'est pourquoi je propose aujourd'hui, comme prolongement ciselant de l'aphonisme, l'Antimobilisme, au sein duquel tous les gestes silencieux se voient réduits à néant, laissant place à l'immobilité totale. Seule la durée de cette immobilité différenciera une oeuvre antimobiliste d'une autre.

 

L'Antimobilisme est applicable à l'ensemble des arts de la scène.

 

 

publié dans Propositions pour les arts de la scène in revue TOTH n°1, décembre 2008